Le logement lillois type n’est ni un immeuble de rapport ni un pavillon : c’est la maison de ville en bande, étroite, en brique rouge, alignée par dizaines sur la même rue. Elle a une façade de quatre à six mètres, un seuil en pierre bleue, une porte d’entrée qui ouvre directement sur le trottoir, et presque toujours une cave sous la pièce avant, éclairée par un soupirail donnant sur la rue. Pour un dépannage, cela déplace le problème : la porte est un ouvrage étroit et ancien, mais la faiblesse du logement est souvent en dessous, au niveau de cette grille de soupirail que personne ne regarde.
Lille conserve aussi un tissu que peu de grandes villes françaises ont gardé : les courées et les cours communes, héritées de l’habitat ouvrier du XIXe siècle. On y accède par un porche depuis la rue, on débouche sur une allée bordée de petites maisons, et l’ensemble se ferme par une porte de porche unique. Cette porte n’appartient à personne en particulier : il n’y a ni syndic, ni gardien, ni interphone, et la clé de porche circule entre des occupants qui ne se connaissent pas tous. Quand elle casse, tout le monde est concerné et personne n’est décisionnaire — un point qu’il faut régler avant d’engager la moindre pièce.
Une grande partie du parc à par ailleurs été divisée. Des maisons de ville de trois niveaux ont été transformées en trois ou quatre appartements, notamment autour de Wazemmes, Moulins, Saint-Maurice Pellevoisin et du secteur étudiant de Vauban-Esquermes. Les portes palières y ont été posées après coup, dans des cloisons qui n’étaient pas prévues pour recevoir une serrure de sécurité : dormants légers, huisseries en bois mince, points de fixation limités. C’est un cas de figure très fréquent à Lille et il commande la réponse technique, parce que poser un blindage sur une cloison de plâtre ne sécurise rien.
Enfin, la ceinture des années vingt et trente — le Grand Boulevard vers Roubaix et Tourcoing, l’avenue de Dunkerque, une partie de Saint-Maurice Pellevoisin et de Lambersart en limite — est faite de maisons bourgeoises et de petits collectifs Art déco dont les portes d’entrée comportent des panneaux vitrés et une imposte au-dessus. Le vitrage y est à moins de trente centimètres de l’entrée de clé. Ce détail, invisible pour l’occupant, décide de la quincaillerie à poser : sur ce type de porte, un cylindre à bouton intérieur transforme une vitre cassée en une porte ouverte.